Un capot de machine à laver, janvier 2016

La première commande est arrivée par téléphone un mardi matin de janvier 2016, avant même que l'atelier soit vraiment rangé, et elle venait d'une restauratrice de la rue de Vesle qui cherchait un capot de machine à laver des années 1980, un modèle dont le fabricant avait cessé les pièces depuis longtemps.

Camille Vincent a répondu, pris les mesures au pied à coulisse, et Sébastien Mercier a modélisé la pièce le soir même. Trente-huit grammes de plastique.

Le local du 86 boulevard Émile Zola appartenait à un imprimeur parti s'installer à Tinqueux, et il restait sur place des rayonnages métalliques, une nappe éclairante fatiguée, un compteur électrique à remettre aux normes et un bac de lavage bouché que personne n'avait vidé. Claire Robert a gardé les rayonnages, jeté le reste, et le premier mois d'activité a tourné autour de trois choses seulement : des scans d'objets cassés, des petites séries de quinze à deux cents unités, et des remplacements de pièces que plus personne ne fabriquait.

Les débuts ont été lents. Il a fallu apprendre à refuser, vite et sans se justifier longuement au téléphone.

Un capot de machine à laver, janvier 2016

Ce que l'atelier ne prend pas

Très vite, des demandes sont arrivées qui n'avaient rien à voir avec le métier, et elles venaient souvent de gens convaincus qu'un atelier d'impression peut tout fabriquer. Un garagiste de Bezannes a voulu faire reproduire un support moteur, un particulier de Cormontreuil a demandé une pièce pour une installation électrique domestique, et les deux ont reçu la même réponse en moins de deux minutes.

La liste s'est allongée au fil des ans, et Anaïs Bernard la tient à jour dans un classeur à couverture bleue, avec la date et la raison de chaque refus. Pas de véhicules. Pas de réseau électrique. Pas de circuit de froid. Pas de bâti, pas de façade, pas de maçonnerie. Pas de pesticides ni de biocides. Pas de conseil médical, juridique, financier ou scolaire, même sous forme de dépannage amical.

Un refus n'est pas un jugement sur le projet. C'est une limite que l'atelier assume depuis le premier hiver.

Quatre personnes, trois métiers

L'équipe compte quatre personnes et n'a jamais dépassé ce nombre depuis 2016. Camille Vincent tient l'administration et les devis, Claire Robert conduit les travaux, Anaïs Bernard gère les achats de matière et le stock, Sébastien Mercier répond au service client, et les rôles ne se recouvrent presque pas, ce qui évite les malentendus quand une commande traîne un peu plus que prévu.

Les matières viennent de fournisseurs des Ardennes et de la Marne. Le PLA technique, le PETG et une résine rigide occupent l'essentiel du stock, complétés par du nylon pour les pièces qui doivent plier sans casser. Seize kilos par lot, jamais plus.

Le vendredi, l'atelier ferme à 15h00, un créneau réservé au rangement des machines et à la vérification des buses, tandis que du lundi au jeudi l'ouverture va de 8h30 à 17h30 et que le week-end reste fermé. Cette organisation date de 2018 et n'a pas bougé depuis, malgré deux changements de fournisseur et l'arrivée d'une seconde imprimante à résine en 2021.

Des pièces pour le quartier et au-delà

La clientèle s'est construite par voisinage. Des artisans de Saint-Brice-Courcelles, des architectes du centre-ville, un laboratoire de l'université de Reims Champagne-Ardenne, une association de Tinqueux qui répare des vélos. Les demandes arrivent souvent par bouche-à-oreille, parfois par le tramway : quelqu'un descend à la station Clairmarais, marche deux rues et pousse la porte.

Une commande typique ressemble à ceci : un boîtier de commande cassé, un original en deux morceaux, un scan, une reconstruction et trois exemplaires livrés en cinq jours ouvrés. Les séries plus longues, jusqu'à deux cents pièces, demandent une préparation plus lourde et un délai qu'on annonce franchement, quitte à le rallonger de quelques jours si la matière manque ou si une buse décide de lâcher en pleine production.

Le scan d'objets reste l'activité la plus discrète, celle dont on parle le moins.

Ce que l'atelier ne promet pas

Aucune certification, aucun agrément, aucune adhésion à un ordre professionnel. Inchestavia SARL travaille sans ces cadres et le dit clairement sur chaque devis, sans formule rassurante ni mention d'un quelconque label. La société ne garantit pas de résultat, ne promet ni revenu ni embauche, et ne donne aucun chiffre sur ce que gagnent ses clients avec les pièces livrées.

Il n'y a pas de deuxième adresse, pas de succursale à Châlons ou à Épernay, pas d'atelier partagé avec une autre structure, pas de bureau de passage. Toute la production sort du 86 boulevard Émile Zola. Le téléphone est le 03 55 69 89 39, l'adresse de courriel est [email protected], et le site reste inchestavia.click.

Ce qui reste, après dix ans, c'est une méthode simple : regarder l'objet, mesurer, imprimer, vérifier que la pièce tient, et refuser le reste sans discuter longtemps.