Ce qui s'est passé rue de Cérès
La publication a été mise en ligne à 9h12, un mardi, sans conférence de presse ni communiqué. Anaïs Bernard, qui suit les achats chez Inchestavia depuis 2021, raconte avoir reçu un courriel de veille à 9h40 et téléchargé le fichier dans la minute. Trois jours plus tôt, elle cherchait encore à joindre un fondeur de Tinqueux par l'intermédiaire d'un ancien client. Le fichier contient 1 847 lignes, dont 612 entreprises de moins de dix salariés, classées par code d'activité et par commune. La rue de Cérès, où se tiennent les services de la CCI, n'avait rien annoncé.
Ce que le fichier ne dit pas, c'est le nombre d'ateliers qui avaient cessé de répondre aux appels. Vingt-huit lignes portent la mention « activité suspendue », et onze autres renvoient vers des numéros qui ne répondent plus depuis 2023. La CCI a choisi de ne rien retirer, ce qui laisse au lecteur le soin de trier lui-même.
Deux commandes en quarante-huit heures
Le vendredi 25 septembre à 8h30, Inchestavia a enregistré sa première demande entrante pour un lot de trente pièces en polyamide, une commande qui venait d'un atelier de carrosserie de Bezannes. La deuxième est arrivée le lendemain, un samedi, par le formulaire du site. Claire Robert, qui dirige l'atelier d'impression, a passé la matinée du lundi à vérifier la faisabilité sur une pièce de 240 millimètres de long. Son verdict est tombé en début d'après-midi.
« On a passé deux ans à attendre que quelqu'un constitue ce répertoire, et il est arrivé par courriel, sans prévenir », dit Anaïs Bernard. Elle estime que le fichier lui fera gagner entre quatre et six heures de recherche par semaine. C'est peu, en apparence. Sur une année, cela représente environ deux cent cinquante heures, soit six semaines de travail d'une personne à temps plein.
Ce que cela change sur le boulevard Émile Zola
L'atelier du 86 boulevard Émile Zola travaille depuis 2016 sur des pièces à l'unité, des petites séries et des remplacements de pièces cassées. Jusqu'ici, la prospection passait par des salons, des recommandations et beaucoup de téléphone. Le fichier change la nature de ce travail, pas son volume. Sébastien Mercier, qui suit la relation client, précise que sur les 1 847 lignes, une soixantaine seulement concernent des activités qui recoupent les siennes. Le reste relève de la tôlerie, de l'usinage, du traitement de surface ou de la logistique.
La vraie nouveauté tient à la répartition géographique. Le fichier distingue les communes par code postal, ce qui permet de voir d'un coup d'œil que Reims intra-muros concentre 41 % des sous-traitants, Tinqueux 9 %, Witry-lès-Reims 7 % et Bezannes 5 %. Pour un atelier qui livre à vélo ou en camionnette, cette carte vaut plus que la liste elle-même.
Les limites du fichier
Le répertoire n'indique ni les capacités de production, ni les délais habituels, ni les matériaux travaillés au-delà d'un code général. Un atelier qui cherche un usineur capable de tenir une tolérance de 20 microns ne trouvera rien dans le fichier. Camille Vincent, qui gère l'administration, a passé une partie de la semaine du 21 septembre à compléter les entrées par des appels directs. « Sur vingt appels, douze réponses, dont quatre qui m'ont dit de rappeler en octobre », résume-t-elle. Le taux de réponse reste correct pour un fichier public.
Les données de contact sont par ailleurs déclaratives, ce qui veut dire qu'une entreprise peut avoir déménagé sans mettre à jour sa fiche. La CCI prévoit une révision au premier trimestre 2027, sans engagement de date. D'ici là, le fichier vieillira, comme vieillissent tous les répertoires.
Un effet indirect sur la place du Forum
Trois jours après la publication, un collectif informel s'est constitué autour de la place du Forum, à Reims, pour échanger sur les capacités disponibles. Vingt-deux personnes se sont inscrites au premier échange, organisé le 26 septembre dans une salle prêtée par une association. Le principe est simple : chacun annonce ce qu'il peut faire et ce qu'il cherche, sans intermédiaire.
Rien ne garantit que ce collectif durera. L'expérience rémoise montre néanmoins qu'un fichier public, même imparfait, produit des effets qu'aucune réunion officielle n'avait obtenus depuis des années. Le prochain rendez-vous est fixé au 10 octobre, à 18h, au même endroit. La CCI n'y est pas invitée.